lundi, 08 février 2016

Le paradoxe des oignons

Le 28 février 2016, le peuple et les cantons suisses sont invités à se prononcer sur l’initiative populaire fédérale « Pas de spéculation sur les denrées alimentaires ».

Cette initiative demande que certaines opérations financières portant sur des produits agricoles soient interdites et que la Suisse s’engage au niveau international à lutter contre celles-ci.

Si l’objectif affiché de l’initiative, qui est d’améliorer l’approvisionnement en denrées alimentaires des populations des pays en développement et de lutter contre la pauvreté, est en soi noble, le moyen proposé est aussi inadéquat que dangereux.

On peut l’illustrer par un exemple.

Entrée en force en 1958, la législation américaine appelée « Onion Futures Act » interdit purement et simplement la négociation de contrats à terme sur les oignons. En comparant l’évolution du prix des oignons à celle du prix du pétrole sur la période 1970-2010, l’économiste français Guillaume Nicoulaud a démontré que l’écart-type des variations mensuelles de prix sur le marché hautement spéculatif du pétrole atteint 9,97%, alors que celui sur le marché protégé de la spéculation atteint 26,17%, soit près de trois fois plus.

En d’autres termes, l’interdiction des opérations spéculatives sur les produits agricoles pourrait s’avérer aussi inefficace que contreproductive. C’est ce que l’on appelle « le paradoxe des oignons ».

L’agriculture est une activité aussi vitale qu’imprévisible. En effet, même le plus prudent des agriculteurs est dans l’incapacité d’anticiper les caprices de la météo, les développements géopolitiques de son pays ou les changements dans les politiques agricoles. Or, ce sont ces paramètres-là qui agissent directement sur les prix.

Pour couvrir ou minimiser le plus possible les risques, des mécanismes boursiers ont été mis sur pied. Ils permettent de sécuriser les activités des agriculteurs, des négociants et des entreprises agroalimentaires. Ce sont ces mécanismes-là que l’initiative veut supprimer.

Or, en Suisse, c'est un secteur économique représentant environ 570 entreprises et 12’000 emplois, engendrant plusieurs millions de francs suisses en recettes fiscales, qui est concerné.

Cette initiative démagogique et sans fondement aurait donc surtout pour effet d’inciter de nombreuses entreprises à quitter la Suisse, ainsi qu’à supprimer des milliers d’emplois, et ce, sans avoir un quelconque impact sur la famine ou la pauvreté dans le monde.

Il convient donc de la rejeter.

Commentaires

Fallait oser !
Allez expliquer aux agriculteurs ce que vous tentez de faire ici aux votants.
Franchement, qui peut croire que la spéculation boursière est un mécanisme de protection ? D'autres avant vous ont tenté de faire le bien des gens malgré eux et surtout sans leur demander leur avis.
Il faudra un jour décider si nous voulons nous engager dans notre pays pour contribuer à promouvoir la paix grâce à nos outils merveilleux que sont la démocratie directe et la neutralité ou si nous voulons continuer la fuite en avant vers toujours plus de profits pour ceux qui détiennent déjà les richesses, qui font de l'argent avec l'argent sans apporter la moindre valeur ajoutée.
Et si le prix à payer pour être cohérents est l'exode des sociétés douteuses qui violent systématiquement les conventions de Genève et autres droits humains, je ne puis qu'encourager nos concitoyens à accélérer la mue avant l'effondrement programmé du capitalisme financier.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 08 février 2016

Cette votation nous donne l'heure: à qui profitent les transactions boursières sur les denrées alimentaires?

la réponse est citée dans la question, et m'informe sur mon vote. Non. c'est non aux profits engrangés par ces multis siégeant en Suisse


qui ne redistribuent toujours pas leurs profits aux populations
(cf le marché alimentaire & la mort de l'agriculture locale en Afrique)

qui ont le droit de ne payer aucun impôt sur leurs lieux d'exploitation


Dire oui : c'est justifier leurs évasions fiscales en Suisse

Écrit par : divergente | mardi, 09 février 2016

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